Welcome to Toronto, capitale de la Province de l’Ontario ! Dès votre arrivée à l’aéroport Pearson, vous serez surpris de voir que tout a été pensé pour vous accueillir le plus professionnellement possible. Une quinzaine de douaniers s’affère aux contrôles des passeports et les files de passagers se forment de manière ordonnée, votre attente ne devrait pas excéder dix minutes.
Mais au delà de cette organisation anglo-saxonne particulièrement bien rodée, ce sont surtout les douaniers chargés du contrôle de vos papiers qui risquent de vous surprendre. En effet, même en uniforme, leur tête pourra être recouverte d’un voile islamique, d’un turban ou d’une kipa. Même dans un lieu public, même sur des fonctionnaires. Quant aux autres employés qui vous parleront anglais ou français, peut-être pourrez-vous même déceler chez eux un accent indien ou chinois !
A vingt kilomètres de cet aéroport, dans la banlieue Nord de Toronto, se trouve Thornhill, une ville d’un peu plus de 100 000 habitants. C’est ici que nous établirons nos quartiers d’été. Petite particularité : plus de 50% de la population est de confession juive et pratique son culte dans les onze synagogues que compte cette commune. Autre particularité et non des moindres : aucune voiture de police n’est chargée de surveiller ces établissements lors du Shabbat hebdomadaire. Aucun car de CRS n’est non plus visible, que ce soit lors des fêtes juives ou pendant les tentions entre Palestiniens et Israéliens. Et de mémoire, il n’y a eu aucun incident notoire à déplorer ces dix dernières années. Une situation à faire pâlir d’envie la communauté juive du 19ème arrondissement ou de la banlieue Nord de Paris.
Pour narguer les éventuels antisémites qui oseraient s’aventurer dans ce « ghetto », vous trouverez aux abords des nombreux centres communautaires et écoles de gigantesques panneaux publicitaires vantant les mérites d’associations, juives elles aussi. Bien que ces encarts soient facilement accessibles, vous constaterez une fois de plus avec surprise qu’aucune croix gammée ni insulte ne sont inscrites dessus. Pour bien remettre les choses dans leur contexte, c’est-à-dire que sur les plus de cinq millions d’habitants de Toronto et sa banlieue, pas un seul ne s’est senti obligé d’exprimer son mécontentement en dégradant l’une de ces affiches. Imaginez-vous maintenant leur durée de vie dans les rues de Paris.
Alors c’est sûr, nous pourrions maintenant aborder les questions du port du voile, de la kipa, du turban et même du kirpan (couteau religieux sikh) autorisés dans toutes les écoles canadiennes. Certains y verraient, peut-être à juste titre, une dérive de l’intégrisme religieux dans la sphère publique. Autres thèmes controversés : hisser deux drapeaux au sommet d’un même établissement scolaire ou entendre les élèves d’une classe chanter chaque matin l’hymne d’un pays différent de celui dans lequel ils résident.
Mais tous ces sujets qui enflammeraient notre bonne vieille France, le Toronto cosmopolite s’en moque. Mieux, c’est ce qui semble faire toute sa force. Ici, la norme est d’assumer sa religion et ses origines de manière totalement décomplexée tout en acceptant celles des autres. Et lorsque vous arrivez à Toronto après avoir passé les onze mois précédents à Paris, vous êtes désormais loin de toutes ces polémiques stériles et parfois racistes rabâchées à longueur de journée dans les médias. Vos nerfs s’apaisent, c’est le calme après la tempête : les vacances peuvent enfin commencer.
Prochain billet : le petit guide de Thornhill en images
Dimanche, premier jour de vacances et le décalage horaire rend tout espoir de grâce matinée impossible. L’occasion unique de débuter ce séjour par un footing qui soulagera l’espace d’une heure ma conscience, le régime des quatre prochaines semaines s’annonçant hypercalorique.
Thornhill est une ville de banlieue nord-américaine on ne peut plus typique. Des maisons spacieuses en briques rouges-orangées, construites dans les années 80, se succèdent anonymement les unes aux autres, seuls les panneaux de basketball et les voitures situés à l’extérieur rendant leur distinction vraiment possible.


Après quelques foulées se dessine un jardin d’enfants où quelques bambins viendront bientôt jouer sous la surveillance de leurs parents ou des « nannies », en grande majorité Philippines. Encore une fois, tout a été pensé au mieux : la ville compte un nombre suffisant d’installations pour que ses petits usagers n’aient à attendre qu’une balançoire se libère, ce que les Parisiens apprécieront. Cerise sur le gâteau, autour de ce jardin s’étend un espace vert à perte de vue. Et les Canadiens étant pour la plupart bien éduqués, vous pourrez y pique-niquer sans risquer de marcher ou de vous asseoir sur un cadeau laissé par leur animal de compagnie. Il faut dire aussi qu’à 2000 dollars maximum l’amende (environ 1500 euros), ça fait plutôt cher le cadeau.

Direction maintenant le centre commercial « Promenade » où l’on assiste en hiver à des expériences incroyables. Le vent, le froid, la neige et la glace rendant la pratique du sport particulièrement dangereuse en extérieur, c’est donc dans ce centre que certains coureurs de fond et autres adeptes de la marche tonique s’entraînent, au beau milieu des clients et des badeaux . Ces sportifs arrivent donc généralement avec un anorak, qu’ils déposent sur un banc public sans aucune surveillance, le temps de leur footing le long des galeries marchandes. Et ô miracle canadien, leur exercice terminé, ils retournent ensuite chez eux avec leurs affaires… sans que rien n’ait été volé.

Autour du centre surgissent des « condos » (condominiums), des immeubles de luxe divisés en appartements souvent équipés de piscines à usage collectif, de salles de sport voire de chambres d’amis à louer.

A quelques encablures se trouve le centre-ville, composé d’une rue commerçante dont les boutiques, surplombées par ces imposants blocs de béton et de verre, ressemblent à s’y méprendre à d’éphémères décors de carton-pâte.


Arrive maintenant le quartier des synagogues et des écoles juives, dont les affiches aux titres évocateurs n’attirent pourtant pas de haine particulière.



La communauté juive de Thornhill étant d’origine russe et israélienne, il n’est pas rare non plus de voir des inscriptions en cyrillique sur les devantures de magasin, quand elles ne sont pas en hébreux.

Quant à moi qui court toujours, curieusement, je me sens bien au milieu de chaos architectural. Ce matin cinq personnes m’ont salué courtoisement sur les six que j’ai croisées. Et je vous mets au défit de réitérer cet exploit en région parisienne.
Ma banlieue préférée n’est peut-être pas la plus belle, mais ses habitants en font sans conteste celle qui a le plus de charme.