Dimanche, premier jour de vacances et le décalage horaire rend tout espoir de grâce matinée impossible. L’occasion unique de débuter ce séjour par un footing qui soulagera l’espace d’une heure ma conscience, le régime des quatre prochaines semaines s’annonçant hypercalorique.
Thornhill est une ville de banlieue nord-américaine on ne peut plus typique. Des maisons spacieuses en briques rouges-orangées, construites dans les années 80, se succèdent anonymement les unes aux autres, seuls les panneaux de basketball et les voitures situés à l’extérieur rendant leur distinction vraiment possible.


Après quelques foulées se dessine un jardin d’enfants où quelques bambins viendront bientôt jouer sous la surveillance de leurs parents ou des « nannies », en grande majorité Philippines. Encore une fois, tout a été pensé au mieux : la ville compte un nombre suffisant d’installations pour que ses petits usagers n’aient à attendre qu’une balançoire se libère, ce que les Parisiens apprécieront. Cerise sur le gâteau, autour de ce jardin s’étend un espace vert à perte de vue. Et les Canadiens étant pour la plupart bien éduqués, vous pourrez y pique-niquer sans risquer de marcher ou de vous asseoir sur un cadeau laissé par leur animal de compagnie. Il faut dire aussi qu’à 2000 dollars maximum l’amende (environ 1500 euros), ça fait plutôt cher le cadeau.

Direction maintenant le centre commercial « Promenade » où l’on assiste en hiver à des expériences incroyables. Le vent, le froid, la neige et la glace rendant la pratique du sport particulièrement dangereuse en extérieur, c’est donc dans ce centre que certains coureurs de fond et autres adeptes de la marche tonique s’entraînent, au beau milieu des clients et des badeaux . Ces sportifs arrivent donc généralement avec un anorak, qu’ils déposent sur un banc public sans aucune surveillance, le temps de leur footing le long des galeries marchandes. Et ô miracle canadien, leur exercice terminé, ils retournent ensuite chez eux avec leurs affaires… sans que rien n’ait été volé.

Autour du centre surgissent des « condos » (condominiums), des immeubles de luxe divisés en appartements souvent équipés de piscines à usage collectif, de salles de sport voire de chambres d’amis à louer.

A quelques encablures se trouve le centre-ville, composé d’une rue commerçante dont les boutiques, surplombées par ces imposants blocs de béton et de verre, ressemblent à s’y méprendre à d’éphémères décors de carton-pâte.


Arrive maintenant le quartier des synagogues et des écoles juives, dont les affiches aux titres évocateurs n’attirent pourtant pas de haine particulière.



La communauté juive de Thornhill étant d’origine russe et israélienne, il n’est pas rare non plus de voir des inscriptions en cyrillique sur les devantures de magasin, quand elles ne sont pas en hébreux.

Quant à moi qui court toujours, curieusement, je me sens bien au milieu de chaos architectural. Ce matin cinq personnes m’ont salué courtoisement sur les six que j’ai croisées. Et je vous mets au défit de réitérer cet exploit en région parisienne.
Ma banlieue préférée n’est peut-être pas la plus belle, mais ses habitants en font sans conteste celle qui a le plus de charme.